Presque deux ans après sa mise à l’eau au port de pêche de Lorient, en mai 2006, en vue de la dérive, Tara a retrouvé cet après midi au même endroit la terre ferme. « J’ai l’impression de revivre les mêmes choses à l’envers. Le bateau avait été levé ici, avec le même portique. Deux ans ont passé, de manière très rapide en fait ». Ces mots sont celui du chef d’expédition Grant Redvers quelques minutes après la fin de la manœuvre. Impressions livrées sous un crachin bien breton. Avec aussi du crachin bien humain dans les yeux.
A 16H30, devant quelques badauds, des journalistes excités à l’idée de couvrir un événement, des curieux, des pêcheurs de Keroman, le colossal portique du Port de pêche de Lorient a arraché de l’eau verte les 130 tonnes de Tara, de la baleine. Les appareils photo ont découpé en autant de clichés cet extraordinaire moment. La fin de cette aventure « Tara Arctic » 2006-2008 pour tous les marins, scientifiques, artistes, médecins, journalistes, logisticiens polaires, responsables administratifs, responsables de la communication. Ces russes, néo-zéalandais, norvégiens, estoniens, américains, monégasques, français qui ont eu la chance de vivre pendant tous ces mois dans un univers extrème pour aider la science à mieux comprendre. A disposer de nouvelles données sur cette région du monde, l’un des thermomètres de la planète.
Doucement la baleine s’est élevée au dessus de l’eau. Et chacune des personnes présentes a basculé. Entre émerveillement, curiosité, étonnement, inquiétude, nostalgie, pression pour ne pas rater l’image, tout le monde a vécu encore grâce à ce merveilleux vaisseau du froid, cette glacionef, cette caravelle en aluminium dédiée à la découverte des secrets des derniers sanctuaires du monde, un moment d’éternité. Le temps s’est arrêté. Tara nous a encore emporté de toute sa puissance, avec sa coque grise et son nez orange fluo inimitable, sa robustesse écrasante aussi vers le rêve.
Tara, incroyable machine à rêves et à réalité. Fierté collective de l’avoir habitée, d’avoir « navigué » avec dans la glace comme sur l’eau libre, de carresser sa coque des yeux ou avec la main pour les passants. Comme on touche un mythe. Mais un mythe vivant. Simplement.
Samuel Audrain, le chef mécanicien peu enclin aux effusions émotives me disait quelques minutes après que Tara soit posé sur des calles et qu’un échaffaudage se prenne désormais pour son nouveau ponton que « l’arrêt des moteurs s’était bien passé, qu’il les avait remercié de leurs bons et loyaux et services » pour Sam aussi la pression retombe, la dernière manœuvre de cette campagne s’est bien passé. Dans un bateau comme ça, la coque se fait vite appeler baleine, les moteurs sont comme des bonnes jambes qui vous ont porté ou vous espériez, et même au delà.
Tara quitte l’eau pour plusieurs semaines, pour se refaire une santé avant de nouvelles aventures. « La coque n’a rien. Il y a juste un coup sur la cage d’hélice babord. On met un coup de peinture général et on repart » me disait alors sous l’énorme masse maintenue par des sangles, le directeur logistique de l’expédition Romain Troublé.
Cette mise à sec va accélerer le départ des équipiers. Petit à petit ils se disséminent. Seul le capitaine Hervé Bourmaud, Ellie Ga l’artiste new-yorkaise, Charles Terrin l’un des membres de l’équipage de l’été 2007 resteront pour travailler à bord. Avec de nombreux renforts, des mains qui pourront aider la baleine à retrouver une jeunesse. Des habitués qui avaient déjà participé au chantier de préparation. D’ici une semaine tous les autres seront partis. Au programme du repos, mais aussi beaucoup de travail en perspective pour l’après expédition. Grant Redvers qui est resté à bord tout le temps de la dérive comme Hervé Bourmaud, envisage très sérieusement d’écrire un livre. Des expositions, des conférences, un film sont aussi en projet. Bref, pour la plupart l’après « Tara Arctic » se met en place vite. Les autres sont déjà retournés à leurs métiers d’origine, cette compétence qui en dehors de leur détermination a fait qu’ils ont décroché le sésame pour faire partie de la famille Tara. Ou sont en attente comme Sam et Marion de basculer vers une nouvelle aventure. Pour eux ce sera bientôt la Polynésie et ses lagons paradisiaques pour quelques mois. Pour Audun Tholfsen le norvégien et Timo Palo, l’estonien une traversée du Groenland à ski.
Mais même éparpillée la famille Tara, famille de glace rassemblée grâce à la baleine, dans son ventre au cœur du froid polaire résistera à la patine du temps.
La glace réchauffe durablement le cœur des hommes.
Etienne Bourgois, le directeur de l’expédition, directeur général d’agnès b. est déjà en train d’étudier des pistes d’expédition pour 2009. Avec peut-être avant cela une tournée cet été des ports français et européens.
A suivre comme d’habitude sur ce site !
Taranautement
Vincent Hilaire
septembre 8, 2009 à 4:52 |
mighràç-_îà)u)^ùgtmpktp)(-_àè$=)
septembre 8, 2009 à 4:53 |
c pas tros mal