Archives pour février 2007

Météo à bord

février 27, 2007

A bord de Tara nous recueillons les données météo de base comme la température de l’air, sa pression, son hygrométrie et la direction des vents grâce à des capteurs disposés sur un mât météo situé à une cinquantaine de mètres du bateau.

Mais, sans rentrer dans les détails, une des études annexes porte sur la compréhension des échanges thermiques entre les masses d’air de 0 à 10 mètre de hauteur. Voila pourquoi notre station météo mesure la force des vents à 1, 2, 5 et 10 mètres de hauteur !

La station emploie également des anémomètres soniques capables de donner la direction du vent dans les 3 dimensions !

Notre mât météo est équipé d’une petite station d’acquisition automatique qui relaye via un câble les données à un des ordinateurs du bateau qui les affiche et les archivent.
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Pour nous, c’est un éblouissement

février 22, 2007

Après près de trois semaines de mauvais temps, ce matin nous avons enfin un ciel clair, ce qui a libéré brutalement la clarté de l’aube.

L’horizon est passé par toutes les couleurs du spectre, avec en sentinelle admirant ce spectacle, un fin quartier de lune se détachant dans un ciel d’un bleu foncé. Cette lumière est une véritable récompense après ces mois de nuit. Au moment le plus clair, vers 9h du matin, la réverbération sur le blanc de la banquise nous permettait de voir sans peine presque comme un jour nuageux sous vos latitudes. Pour nous, c’est déjà un éblouissement qui a aussi comme pouvoir de redynamisé physiquement tout l’équipage, et ce ne sera pas un luxe compte tenu de tout le travail qui doit être fait pour assurer notre relève de printemps. En attendant, chaque matin va être un spectacle nouveau dont nous profiterons tout en travaillant sur la banquise.
Denys

La science à bord

février 19, 2007

Je profite du répit que nous accorde la banquise, menant souvent à mal le matériel scientifique – nous obligeant à d’incessantes réparations – pour vous parler un petit peu du programme scientifique à bord de Tara.

Feront suite à ce log, une série de mini reportages scientifiques sur les activités réalisées à bord de Tara, le pourquoi et le comment de ces activités vous seront détaillés.

Dans son ensemble, ce programme vise, au sein du vaste projet européen qu’est DAMOCLES, à étudier sur le long terme l’évolution du climat en Arctique, afin de pouvoir modéliser et ainsi effectuer des prévisions sur le futur des régions polaires.
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Ours près de Tara

février 16, 2007

Poste de manœuvre générale aujourd’hui à 13H30 après le repas, Bruno rentrant dans le carré nous annonçant un ours près de Tara. Nous montons tous sur le pont et effectivement, sur la crête de glace à 10 mètres de l’avant, un gros ours nous observe, mais perturbé par notre agitation et nos projecteurs, il passe la crête et disparaît silencieusement et avec une souplesse étonnante dans le noir. Nous n’avons malheureusement pas eu le temps de faire de photos. Cette apparition nous rappelle à la vigilance qui était tombée depuis octobre date de notre dernier ours. Bien que la vue de cet ours nous fasse plaisir, nous devons maintenant nous montrer très prudent quand nous sommes sur la banquise, prendre fusées et fusil, sortir à deux. Et tant qu’il fait nuit, nous n’avons aucune chance de le voir dans la pénombre. Notre position très nord, au plus loin de toute terre, était dans notre esprit gage d’une certaine sécurité, ce qui montre bien que cet animal est vraiment un grand marcheur et que la banquise est son territoire. Denys

Plus qu’une lueur

février 14, 2007

Depuis trois jours, c’est plus qu’une lueur et des teintes bleues et roses commencent à se former sur l’horizon, signe que le spectre s’élargit et que le soleil n’est pas loin.

La vie à bord s’était un peu ralentie depuis 15 jours en raison d’une grosse tempête, puis de mouvements de banquise important et ensuite une panne de sondeur qui limite nous activités scientifique. Et quand les activités baissent, les discussions occupent le temps. Certes nous avons quelques réflexions philosophiques sur notre existence ici, sur l’écologie, mais ce qui nous fait surtout parler ce sont le retour du soleil et notre retour « sur terre ».
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Veille de nuit

février 12, 2007


Toutes les nuits, de 23h à 7h, nous assurons une veille à tour de rôle. Ce quart de deux heures revient donc tous les deux jours. Cette ronde a été mise en place pour assurer notre sécurité, celle du bateau et du matériel sur la banquise.

Le quart commence par le réveil, sans doute le moment le plus dur. Notre prédécesseur nous passe alors les consignes particulières quand il y en a et les points à surveiller. Ces derniers jours par exemple, il y eût de gros mouvements de banquise, il était donc important de la surveiller pour être paré à toutes éventualités. Si une bouée acoustique est immergée à l’arrière de Tara il faut pouvoir la remonter rapidement au cas où la banquise bouge. Il est donc nécessaire d’enlever la glace qui se forme en surface du trou, ce que nous faisons lors de notre quart, réveil garanti.
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Crête de compression

février 8, 2007

Cette nuit (le 8 février) nous venons d’essuyer un gros mouvement de banquise sur l’étrave du bateau. D’énormes blocs de glaces sont sortis de l’eau libre d’une rivière qui venait de s’ouvrir et qui se trouvait à l’avant de Tara. Branle-bas de combat, depuis déjà plusieurs jours nous avons des formations de crêtes de compression autour de nous.

C’est Zagrey qui nous prévient toujours avec des aboiements insistants, il se balade sur la banquise et reste en arrêt devant la crête en mouvement. Cette nuit fût très mouvementée et nous nous sommes tous retrouvés sur le pont à observer la progression dangereuse d’une plaque qui se heurtait à la proue. Les grincements intenses et des bruits de craquements et de martèlements étaient assez inquiétants. Après avoir menacé de front l’étai avant du mat, un gros bloc est tombé du côté opposé en libérant la course de la crête à bâbord. Les mouvements se sont désormais calmés mais nous sommes toujours en alerte.

Une fois de plus Tara peut remercier sa bonne étoile.

Explication sur les crêtes de compression :

Les plaques de glaces qui forment la banquise poussées par les courants marins de l’Océan Arctique se joignent et se soudent avec le froid comme un gigantesque puzzle et plus particulièrement au moment de l’hiver arctique.

Sous la banquise cette mer, qui respire, est en perpétuel mouvement. Lorsque les mouvements de l’océan s’amplifient, que la température augmente, que le vent souffle alors la banquise s’ouvre et les plaques se rencontrent à nouveau provoquant des frictions, des chevauchements qui soulèvent des morceaux de glace atteignant parfois 5m de haut : c’est ce qu’on appelle une crête de compression.

À l’époque de Nansen, lors de la dérive du Fram, les crêtes de compression pouvaient atteindre jusqu’à 10 m de haut. Depuis que nous dérivons nous avons vu que des crêtes de 6 mètres au maximum. Les crêtes de compressions sont un peu comme des dunes à la surface du désert, elles arrêtent la neige que le vent fait voler sur la banquise. Ce qui fait que nous changeons de paysage assez fréquemment. La neige donne des formes plus sensuelles aux contours chaotiques et rigides des blocs cassés, les congères adoucissent l’immense cimetière de glace brisée.
Pour notre bateau, les crêtes de compressions peuvent nous mettre en danger. Il suffit qu’un des bords soit poussé par une des plaques pour mettre le navire en gîte périlleuse. Nous avons rencontré le 26 décembre ce genre de situation, mais à notre grand soulagement la plaque s’est arrêtée après les premières collisions contre la coque. Puis la plaque est repartie dans le sens opposé. C’était très impressionnant à cause des bruits de grincements et de craquements de la glace le long du bateau.

À chaque quart, nous vérifions les fractures sur la banquise. Ce sont les signes avant-coureurs d’un mouvement proche. Plusieurs fois depuis le début de la dérive, la glace s’est ouverte en rivières autour de Tara, ce qui nous obligeait à rapatrier d’urgence le matériel scientifique à bord et nous attendions que la glace soit suffisamment solide pour le réinstaller à nouveau sur la banquise. Nous ne devons jamais oublier qu’en l’espace de quelques instants la glace peut s’ouvrir et laisser sa place à l’élément liquide qui constitue l’essence de cette mer arctique.

Bruno

85°N

février 5, 2007

Samedi dans l’après midi nous avons passé le 85°N, dernier cercle qui figure sur les cartes et les mappemondes ! C’est dire que c’est un passage mythique, que peu de navires ont franchi, seuls les brise-glace, le FRAM et maintenant TARA peuvent s’en enorgueillir !

Et de quelle manière avons-nous passé ce cercle : Dans la nuit noire d’un ciel couvert, poussé par un vent tempétueux du sud-est, entouré par une neige folle soulevée par les bourrasques, assourdis par le vent dans le gréement, notre progression est proche du nœud à l’heure. Dans le même temps, le baromètre qui était monté à 1040 hpa, chute rapidement et surtout la température a gagné 25°, passant de moins 40° à moins 15°C. Pour le moment notre matériel tient bon face à ces éléments, la banquise est curieusement stable et TARA se comporte admirablement bien, solidement ancré à la banquise, il conserve ses 7° de gîte. Par contre, dehors, sous le vent, des congères de neige se forment et nous allons avoir du travail de déneigement à faire lorsque la tempête sera finie. Pas question par ce temps de faire des sondages dans la banquise et nos sortis se limitent au strict nécessaire.

Denys

février 4, 2007


Le sauna est une tradition dans tous les pays nordique en Russie on l’appelle aussi le banya. Chaque fin de semaine, les habitants des provinces les plus froides, comme en Sibérie, aiment se retrouver au banya. On y amène quelques provisions du genre amuse gueule et de la vodka. Le banya du port de Tiksi par exemple se trouvait au premier étage d’une grande bâtisse. Tout l’étage de plusieurs centaines de mètres carré était divisé en deux banya : l’un étant réservé pour les femmes et les enfants tandis que l’autre est destiné aux hommes. Après avoir payé au bureau d’entrée, on pénètre dans une immense pièce séparée en petites sections par des bancs et des casiers. Ce sont des vestiaires conviviaux où l’on partage les victuailles et la boisson, avant, pendant ou après le passage au sauna. La pièce suivante est un peu plus petite, là sont installés les douches et des sortes de lavabos pour les ablutions. L’eau chaude ou froide coule à volonté. Le banya en lui même se trouve dans la troisième pièce. Elle est plus petite et aménagée avec des gradins de bois qui servent de sièges. Il règne une température de 70° à 90° suivant l’altitude des bancs du gradin. Les habitants de Tiksi y passent des heures à transpirer mais pas seulement. Après une bonne suée, ils ont pour habitude de se fouetter avec des branchages très fournis en feuilles. Les feuilles de chêne, trempées dans l’eau chaude, sont très prisées. C’est très bon pour la circulation du sang paraît-il. Puis l’adepte du banya prend une douche froide. Quand je parle de douche je devrai plutôt dire une énorme masse d’eau froide délivrée d’un seul coup par une bassine à bascule.
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