Archives pour décembre 2006

Un singulier Noël!

décembre 26, 2006

En cette fin de journée de Noël passée par près de 84° nord, nous avons bien sûr une pensée pour nos famille.

Cent onzième jour de dérive.
Position : Dérive par 83° 49′ 5761″ N-135° 27′ 0100″ E, vitesse 0.3 nœuds 170° .
Vent 10 nœuds secteur Nord
Visibilité Bonne, ciel clair,
Lune : Invisible
Jour : Nul
Banquise : Instable.
Température de l’air : – 30°C
Température de l’eau : -1,7°C

En cette fin de journée de Noël passée par près de 84° nord, nous avons bien sûr une pensée pour nos familles et nos proches et nous essayons chacun de profiter de cette fête particulièrement importante pour la vivre intensément, oublier les soucis que l’on peut avoir et faire régner la bonne humeur.
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Le polaire

décembre 19, 2006

Gamet peut rester des heures dehors sans perdre de sa dextérité et sait déjouer tous les pièges de la banquise.

Cent-cinquième jour de dérive.
Position : Dérive par 83 83° 30′ 6193″ N-141° 00′ 2073″ E, vitesse 0.4 nœuds 340° .
Vent 25 nœuds secteur sud
Visibilité Mauvaise, ciel couvert,
Lune : Invisible
Jour : Nul
Banquise : Stable.
Température de l’air : – 30°C
Température de l’eau : -1,7°C

Gamet Agamyrzayev est né en 1962 à BAKOU en Azerbaïdjan (Etat indépendant de l’ex URSS depuis 1990), vit 4 mois de l’année à Säki, petite ville des montagnes à l’est de Bakou et le reste du temps à Khatanga. Khatanga est une ville portuaire sur un fleuve (Khatanga) débouchant en mer des Laptev, dont l’activité n’est qu’estivale en raison de la glace qui rapidement empêche tout trafic.
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100 ème jour de dérive

décembre 15, 2006

Pour célébrer le 100ème jour, un poème a été composé par l’équipage.

Position : Dérive par 83° 06′ 0360″ N-141° 23′ 6890″ E, vitesse 0.3 nœuds 90° .
Vent 15 nœuds secteur ouest
Visibilité bonne, ciel clair,
Lune : Invisible
Jour : Nul
Banquise : Stable.
Température de l’air : – 28?C
Température de l’eau : -1,7?C

A l’occasion du 100° jour de dérive, Neptune nous a rendu visite et a fait la déclaration suivante :
« Tremblez marins des ténèbres, Jonas prisonniers de votre baleine,
Neptune vient vous sortir de votre torpeur lointaine.
Vous avez l’affront de percer mon armure de mille gouffres
Défigurant sa blancheur immaculée, elle qui suffisamment souffre
De vos activités ici-bas ; criez « assez » à la ronde,
Sinon mon trident pourrait sur votre coque faire une plaie profonde.
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Hervé : spécialiste du treuil

décembre 13, 2006

Compte tenu de son expérience de patron pêcheur, Hervé est le spécialiste du treuil pour la descente des sondes océanographiques. Hervé Bourmaud, 35 ans est sûrement le marin le plus expérimenté de l’expédition. Il est de ces personnes que la mer a pris tout petit et ne peuvent s’en éloigner, même à terre la mer ne le quitte pas puisqu’il habite l’Ile d’Yeu. Il a commencé à naviguer à l’age de 6 ans avec son père sur un bateau de pêche promenade, a fait partie de l’équipe de nationale de class 8, a convoyé des voiliers et surtout a été patron pêcheur sur de nombreux bateaux à Saint Jean de Luz, aux Sables et à l’Ile d’Yeu. Cette navigation quasi immobile, sans roulis ni tangage, sans embruns ne te donne-t-elle pas un peu le mal de mer ? « Si, ce n’est pas une navigation normale, c’est plus un métier de terrien et en plus on marche sur l’eau ! » Compte tenu de son expérience à la pêche, Hervé est bien entendu le spécialiste du treuil pour la descente des sondes. La remonté de ces sondes inertes en acier inoxydable te procure-t-elle la même excitation que la remonté des filets ? « Oui, quasiment, ça procure beaucoup de plaisir de remonter des données ou de l’eau dans les bouteilles de Nansen. Le résultat n’est pas immédiat, mais j’espère qu’ils apporteront, une fois analysés, des avancées scientifiques. J’y trouve beaucoup de satisfaction et c’est très valorisant. » Hervé est aussi le « maître chien » de Zagrey et Tiksi, après plus de trois mois de cohabitation, on peut dire qu’il a été adopté par ces deux husky sibériens et vice versa. Tu observes très souvent leur comportement sur la banquise, qu’est-ce qui te surprend le plus ? « Leur adaptation très rapide aux conditions extrêmes rencontrées ici, ils savent reconnaître les dangers de la banquise. Ils sont très indépendants, très intelligents et très câlins. Leur adaptation au froid est tout à fait extraordinaire. » Propos recueillis par Denys

Cameraman de l’extrême

décembre 11, 2006

Bruno Vienne est le caméraman de l’équipage de Tara, détaché par MC4 productions. Bruno a 53 ans, et a sur sa carte de visite un certain nombre de réalisations cinématographiques en tant qu’opérateur mais aussi réalisateur. Je ne citerai que celles qui lui tiennent le plus à cœur : « Frère loup », « Balade pour un ermite », « Sur les trace de l’ours à lunettes », « Péril aux Galápagos », « Mission gibbons à Bornéo », « Le voyage de Chencho’, « Retour à Komodo »… . Comment situes-tu la région polaire par rapport à d’autres contrées plus hospitalières ? « L’hospitalité est dans les moyens qu’on y amène. Ici on vit dans une bulle et tout autour il y a une immensité fascinante ! C’est pour cela que nous vivons une vraie aventure. » Tu es spécialisé dans le film animalier et la tentation est forte de te demander si en acceptant de nous suivre dans cette aventure, tu fais une analogie entre nous et ta spécialité ? : « J’avais envie de nous filmer et de filmer nos réactions dans ce milieu hostile et dans des conditions très particulières, qui font ressortir nos instincts de survie et débarrassés du superflu. Et je dis nous car je souhaite être devant et derrière la caméra.» Point de vue animaux, n’es-tu pas un peu frustré ? : «C’est vrai, nous avons vu quatre ours, trois phoques et quelques oiseaux et maintenant plus rien. J’espère beaucoup qu’au printemps la vie reprenne.» On dit que l’opérateur image est le maître de la lumière, ne vois-tu pas un paradoxe entre cette définition de l’opérateur et le fait qu’ici la lumière soit totalement absente ? : « L’opérateur rêve la lumière. En tant que réalisateur animalier, je me sers beaucoup du jeu de la lumière naturelle. Ici il faut malheureusement un éclairage artificiel qui gomme la magie de cette ambiance ténébreuse, mais la qualité des images en dépend. » Le cinéma, disait Bazin, est l’art du réel, si on veut coller à cette définition, le futur reportage peut-il être réalisé par un autre que toi ? : « Il est trop tôt pour dire qui fera la réalisation. Malgré tout, il me semble indispensable que j’assiste le futur réalisateur pour assembler tous ces rushs de manière à restituer l’ambiance tout à fait particulière de cette aventure et à ne pas vous tromper. » Propos recueillis par Denys

Au nom de Sir Peter

décembre 6, 2006

Bonne eau, bonne vie. Comme aimait à dire concisément Sir Peter Blake pour sensibiliser l’opinion publique à l’environnement. Avant sa tragique disparition sur l’Amazone il y a cinq ans, le 6 décembre 2001, il s’était engagé dans un ambitieux programme d’expéditions dont l’objectif principal était de pointer du doigt la fragilité de notre environnement. Après avoir navigué en Antarctique et remonté l’Amazone, il avait projeté de continuer sa route vers l’Arctique. Bien que nous naviguons sous un nouveau nom, la philosophie de Sir Peter est restée à bord de Tara. Nous espérons que notre travail suive ses objectifs. Chacun de nous à bord est émerveillé de naviguer en Arctique, dérivant dans la nuit polaire et participant à un important programme scientifique. En ce jour, face à ces nouveaux défis, nous avons une pensée pour Sir Peter, lui qui a été notre exemple et l’inspirateur pour beaucoup à la poursuite de leurs rêves. Grant et Denys

Le scientifique à bord

décembre 4, 2006

Matthieu est le scientifique du bord, détaché du laboratoire d’océanographie de l’université de Paris-Jussieu. Jeune ingénieur en informatique et électronique, il a suivi une filière IUT électronique et informatique industrielle puis IUP informatique (Brest) puis a intégré l’Ecole Nationale d’Ingénieurs de Brest en 2002. Il a déjà une expérience des climats polaires puisqu’il a séjourné en tant qu’administrateur réseau et maintenance des expérimentations scientifiques au laboratoire de géophysique en 2005 à la base Française Antarctique de Dumont d’Urville. Matthieu, qu’est-ce qui t’a conduit à t’orienter vers les pôles : « Un concours de circonstances : surtout l’intérêt scientifique mais aussi, soyons franc, la proximité de l’Institut Polaire (IPEV) de mon école d’ingénieur qui m’a conduit à frapper à leur porte. La découverte de la Terre Adélie a suscité en moi l’envie de retourner vers ces régions fascinantes». Après ton expérience en antarctique, ton intérêt pour l’écologie te motive particulièrement « En effet, l’Antarctique permet la découverte de paysages somptueux, d’un monde animalier d’une richesse extraordinaire. Cette nature si pure m’a ouvert les yeux sur les richesses de notre monde qu’il faut à tous prix préserver. On ne peut que méditer lors que l’on se promène dans un tel univers. On retrouve ici un peu la même sensation, la faune en moins. » La base scientifique TARA est-elle très différente de ce que tu as connu à Dumont d’Urville ? : « Oui, rien n’est comparable. Ici, sur un bateau, contrairement à une base solidement ancrée sur un rocher, il y beaucoup plus de contraintes, à commencer par une grande proximité de la banquise, requérrant une attention de tous les instants. Lors de l’éclatement de la banquise que nous avons connue en septembre, notre matériel scientifique a été mis en péril ! La promiscuité impose un stockage rigoureux du matériel, les relations humaines sont différentes et plus fortes ».

La dépense énergétique

décembre 1, 2006

Nicolas, le chef mécanicien est le personnage clef de la réussite de notre mission. S’il est presque débarrassé des soucis des deux moteurs de propulsion qui sont en sommeil jusqu’à la débâcle libératrice de mi 2008, il doit gérer au mieux la dépense énergétique et le bon fonctionnement des deux groupes électrogènes. Nico, as-tu conscience de l’importance de ta mission à bord ? :« Oui, c’est d’ailleurs ma motivation quotidienne ! » Les consommations sont-elles raisonnables ? : « Elles sont raisonnables compte tenu de notre environnement extrême et des besoins nécessaires pour mener à bien les travaux scientifiques ». Quelles sont la ou les pannes que tu redoutes le plus ? : « Les groupes sont les pièces maîtresses de la production d’électricité, il est certain qu’une panne simultanée, scénario improbable, sur ces deux machines nous entraînerait dans la survie ! Une gîte supérieure à 35° en est un exemple, le feu d’un groupe avec propagation vers l’armoire électrique principale en est un autre». Compromettraient-elles la poursuite de l’expédition ? : « Oui, car sans électricité, pas de chauffage et aucun appareil ne fonctionnerait… ». Tu gères aussi le chauffage à bord. C’est un sujet très sensible et important pour tout l’équipage. Est-ce un souci de plus pour toi ? : « Oui, sujet très sensible effectivement. Nous en avons eu un aperçu il y a un mois avec des problèmes de pompe de circulation. Les conséquences sont très importantes sur le confort, sur le moral, sur le travail et sur l’énergie nécessaire à l’organisme pour combattre le froid ». Malgré tout, Nico mange de très bon appétit et dort comme un loir ! Denys